


En février 2009, ce qui commence à dater, j'effectuais mon premier stage à la mairie de Boston. Une exposition avait alors été organisée par le Institute of Contemporary Art (musée d'art contemporain) de la ville en l'honneur de Shepard Fairey, un artiste dit "de rue". Shepard Fairey fait l'objet d'une controverse parce qu'il continue à tagger les murs sans autorisation, mais aussi parce qu'il a su faire de ses visuels et de son slogan "Obey" (Obéissez) une redoutable machine à brasser les millions de dollars. Après avoir visité son exposition, je trouve qu'il a peu d'idées originales et qu'il réutilise les mêmes graphismes pour absolument tout. Il est connu pour avoir fait le portrait qu'Obama a utilisé lors de sa campagne présidentielle, reproduit ci-dessous. Shepard Fairey a délibérément laissé l'image libre de droit, même si elle est tirée d'une photographie qui elle, est non libre de droit. 1ère controverse. Les critiques n'arrivent pas à se mettre d'accord sur le fait que Shepard Fairey représente Obama comme un leader ou comme une menace. L'original de cette affiche m'a laissée pensive pendant quelques minutes. Je n'arrivais pas à me dire : Obama est montré comme serein et allant de l'avant, ou alors il est montré comme prétentieux et indifférent. Les yeux et les plis de la bouche laissent la question en suspens...

L'exposition en l'honneur de Shepard Fairey a lieu dans le musée d'art contemporain, mais également dans différents endroits de la ville, pour faire référence à la démarche de l'artiste. Une des œuvres a été affichée sur la mairie de Boston et j'ai pu participer à son inauguration le 4 février 2009 en présence du maire de Boston et de Shepard Fairey en personne. La bannière est intitulée "Peace Goddess" (Déesse de la Paix) et si elle est impressionnante, elle n'est qu'un collage de ce que Fairey a déjà pu faire.

Mais controverse n°2 : Shepard Fairey a été arrêté seulement quelques jours après avoir serré la main du maire de Boston pour cette inauguration. Motif : taggage illégal de batiments publics. Problèmes : le mandat courait depuis plusieurs semaines et l'arrestation s'est déroulée quelques minutes avant la soirée officielle de vernissage de l'exposition au musée d'art contemporain. L'opportunisme dans cette arrestation est immédiatement dénoncé (d'aucun pourront faire le parallèle avec ce qui s'est passé avec Polanski quelques mois plus tard) et surtout, la rumeur court que l'arrestation vise plus à nuire à la réélection du maire de Boston qu'à punir l'artiste en tant que tel, qui a déjà été arrêté maintes fois pour le même motif.
Bilan des courses quelques mois plus tard : le maire de Boston a été réélu et l'exposition a été un succès.
Et sans oublier le fait que la bannière sur la mairie a été découpée par des admirateurs un peu fanatiques, s'est déchirée, que j'ai dû monter sur le toit de la mairie avec une collègue pour enlever le morceau à moitié déchiré et réajuster l'ensemble. Sur une grille d'aération à 10 mètres du sol. Qu'est-ce qu'on ne ferait pas pour l'art !
Crédit photo : Angela Rowlings et Boston Herald
Crédit photo : artnet.com
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